Une Vie de Rallye
Une passion précoce
Jacques Delaval, créateur de Jadevents en 2011 et fondateur de Classic & Sportscar Rallye, est avant tout un passionné de belles automobiles… depuis toujours.
Dès l’enfance, il dévore les revues spécialisées et suit assidûment toutes les compétitions automobiles régionales. À 18 ans, permis en poche, il fait l’acquisition de sa première voiture de sport : une Triumph TR3 de 1959, et rejoint l’Écurie Noire, ASA sportive de l’Automobile Club du Rhône.
La décennie suivante sera marquée par une impressionnante collection de voitures anciennes et sportives, dont il devient successivement propriétaire :
une MG TC de 1947, plusieurs Coccinelles, dont une rare vitre ovale de 1955, des cabriolets, des Jaguar XK120 Roadster, XK150 Coupé, MkIX, MkII, pas moins de quatre Porsche 356 Coupé S ou SC de 1959 à 1964, ainsi qu’une des toutes premières 911 S “ailes plates” (2.0 l, 1966), suivie d’une 2.2 l (1972) et d’une Targa 2.4 l (1973).
À cela s’ajoutent deux Alfa Romeo GT Veloce (1600 de 1968 et 2000 de 1972), une Barquette Marcadier Gordini 1300 “Ferry” de 1962, le tout premier Buggy Minibug importé en France fin 1969, et quelques anciennes d’avant-guerre comme une Amilcar 1929, une Donnet 6 cylindres 1930, une Ford A Spyder 1931, ou encore une Simca-Fiat 1936.


Une rencontre décisive
Durant ses années à l’École Supérieure de Commerce de Lyon (aujourd’hui EM Lyon), Jacques Delaval fait une rencontre déterminante : celle de Bernard Béguin, futur grand nom du rallye français.
En 1971, Bernard remporte brillamment le Volant Shell, qui récompense le meilleur élève de l’École de pilotage de Magny-Cours. Cette année-là, le jury est composé de Jean-Pierre Beltoise et Henri Pescarolo.
Après deux saisons en Formule 3, Bernard débute en rallye lors du Neige & Glace de février 1974, et propose à Jacques de prendre place à ses côtés comme copilote, à bord de l’un des trois coupés Alfa Romeo GTV 2000 “usine” engagés en Groupe 1 (Tourisme de Série) par l’importateur français, la SOFAR.
Dès cette première course, l’alchimie est immédiate. Le tandem s’impose en Groupe 1, devant Claude Ballot-Léna, alors grand spécialiste de la discipline.
S’ensuivent trois nouvelles victoires de groupe: Ronde de la Giraglia, Rallye Mont-Blanc et Critérium Alpin. Seul ombre au tableau: une sortie de route au Rallye d’Antibes.
À l’été, Bernard choisit de revenir au circuit et à la Coupe Simca-Shell. La parenthèse rallye se referme pour lui… mais pour Jacques, tout commence.
Champion de France dès la première saison
À l’été 1974, Bernard Béguin quitte le rallye, mais Jacques poursuit l’aventure. Il reste copilote officiel du Coupé Alfa Romeo GTV 2000, désormais confié à Francis Vincent, brillant pilote amateur parisien.
Dès leur première course ensemble, le nouvel équipage s’illustre : victoire de groupe au Tour Auto et 12ᵉ place au classement général – une performance de haut niveau.
L’automne voit les succès s’enchaîner : Rallye de Picardie, Bayonne–Côte-Basque, Rallye de la Châtaigne, Critérium Jeanne d’Arc, Rallye de Saint-Amand-les-Eaux, puis le Critérium des Cévennes.
À l’issue de la saison, Jacques Delaval et Francis Vincent décrochent ensemble le titre de Champions de France : Jacques chez les copilotes, Francis chez les pilotes.
En 1975, pris par ses activités professionnelles, Jacques ne disputera que quatre épreuves. Il y fait toutefois une rencontre décisive : Guy Fréquelin, futur Champion de France et figure incontournable du rallye français.
Leur première course ensemble – le Rallye du Forez – se solde par un exploit retentissant : victoire au scratch, devant tous les concurrents des Groupes II, III et IV, à bord du fidèle GTV 2000 Groupe 1.
La suite de la saison se partage entre le Rallye de la Nièvre, sur BMW 2002 Groupe 2 (2ᵉ au général) et le Critérium des Cévennes et le Rallye du Var, tous deux disputés sur une Alpine A310 1800 Groupe IV.


Copilote professionnel à partir de 1976
En 1976, Jacques Delaval décide de suspendre ses activités professionnelles pour se consacrer pleinement à sa passion : la course automobile. Il devient copilote à temps plein, aux côtés de Guy Fréquelin et Bernard Béguin.
La saison débute de manière spectaculaire avec le Rallye Monte-Carlo, disputé avec Guy Fréquelin sur une Porsche Carrera RS 3.0 l Groupe III. Au cours de la 2ᵉ étape, l’équipage prend la tête devant les redoutables Lancia Stratos usine de Munari, Waldegard et Darniche, ainsi que toutes les voitures officielles : Fiat 124 Abarth, Opel Kadett, Ford Escort, Alpine, etc.
Des ennuis de boîte de vitesses les contraignent à perdre du terrain, mais ils terminent tout de même 7ᵉ au général et vainqueurs du Groupe III.
La suite de la saison 1976 est intense :
Avec Guy Fréquelin :
• Lyon-Charbonnières sur Alfetta 2000 Groupe II
• Victoire au Rallye de Lorraine sur Porsche Carrera RS 2.7 l Groupe III
• Victoire au classement général de la Ronde du Vercors sur Porsche Carrera RSR 2.8 l Groupe V
• Tour Auto sur une spectaculaire Porsche RSR 3.0 l Groupe V, hélas terminé par une sortie de route dans le brouillard du Burzet après avoir repris la tête
• Victoire au Critérium de la Châtaigne sur BMW 2002 Groupe II
• Abandon au Tour de Corse sur Opel GTE “usine” Groupe II (casse mécanique)
Avec Bernard Béguin :
• Monts du Forez, Ardennes, Antibes, Critérium Alpin, Mont-Blanc, Bayonne–Côte-Basque : à chaque fois 1er de groupe
• 2ᵉ au Mont-Blanc derrière Bruno Saby
• Critérium Jeanne d’Arc : victoire au général sur Porsche Carrera RS 3.0 l
• Ronde de Lozère : abandon
• Critérium des Cévennes : abandon avec Christian Lunel, alors qu’ils étaient en tête sur Porsche Carrera RS 3.0 l
Deux victoires de suite au classement général : une avec Guy au Critérium de la Châtaigne sur une BMW 2002 Groupe ll et, une avec Bernard, au Critérium Jeanne d’Arc sur une Porsche Carrera RS 3,0 l.
Suivront deux abandons sur casse mécanique : en Championnat du Monde, au Tour de Corse avec Guy sur une Opel GTE groupe ll »usine » et au Critérium des Cévennes, alors qu’avec un excellent pilote amateur marseillais, Christian Lunel, ils étaient en tête sur sa Porsche Carrera RS 3,0 l.

1976 / Tour Auto / Porsche Carrera RSR 3.0 l. Groupe V / Guy Fréquelin





Copilote « Usine » chez Renault Sport fin 1976
Pour le Rallye du Var 1976, dernière épreuve de la saison, Gérard Larrousse, Directeur Général de Renault-Sport, fait appel à Guy Fréquelin et Jacques Delaval pour lancer dans le bain de la compétition la toute nouvelle Alpine A310 V6.
Après de longues séances de mise au point, l’équipage et l’Alpine, en version bleu marine GITANES, vont remporter leur première course.
Une saison chargée qui se terminera par un titre de vice-Champion de France pour Jacques Delaval.
Ce coup d’essai avec l’Alpine V6 est en fait un véritable coup de maître, annonçant une saison 1977 qui va être véritablement tonitruante pour cette Alpine A310 V6 dorénavant en version jaune, rouge et noir »CALBERSON » : 11 victoires en 12 courses : Rallye Neige et Glace, Ronde de la Giraglia, Tour de l’Armor, Rallye Jean Behra, Critérium de Touraine, Ronde Cévenole, Rallye de la Châtaigne, Rallye Jeanne d’Arc, Critérium des Cévennes, Ronde du Vercors et Rallye du Var avec un seul abandon sur panne électrique en Hongrie, au Taurus Rallye dans le cadre du Championnat d’Europe.
Mais, cette saison 1977 voit également la première apparition de la toute nouvelle Renault 5 Alpine groupe ll avec laquelle Guy et Jacques vont remporter la victoire, pour sa première sortie, au Rallye de Varsovie en Championnat d’Europe avant, malheureusement, d’abandonner, sur casse mécanique, au Rallye de San Remo en Championnat du monde.
Ces deux premières sorties annoncent le »coup de Tonnerre » du Monte Carlo à venir.
Mais, cette année 1977 apporte deux titres de Champion de France à Renault Sport, celui des Pilotes de Rallies pour Guy Fréquelin, et un deuxième titre des copilotes pour Jacques Delaval après celui de 1974.
L’avènement des « Planches à Roulettes » en 1978
Traditionnellement la saison des Rallies s’ouvre avec le Rallye de Monte-Carlo. En 1978, l’écurie Renault Sport, qui a déjà rangé l’Alpine A310 V6 au musée, engage deux Renault 5 Alpine Groupe ll pour Guy Fréquelin et Jean Ragnotti. En cette fin janvier, des conditions de routes très enneigées vont permettre aux Renault 5 Alpine de révéler leurs qualités routières sur terrain difficile : traction avant, tenue de route, maniabilité et légèreté.
Résultat : Guy Fréquelin et Jacques Delaval arriveront en tête à Monte-Carlo à l’issue du parcours de concentration devant toutes les meilleures GT de l’époque !
Après trois jours de course et quelques erreurs de choix de pneus, ils termineront troisième derrière la Porsche Carrera 3,0 l. de Jean-Pierre Nicolas et l’autre Renault 5 Alpine de Jean Ragnotti. Cet exploit vaudra aux deux autos d’être immédiatement baptisées les »Planches à roulettes » !
La suite de la saison sera moins intense : 4ème en Belgique aux 24 heures d’Ypres avec Francis Vincent sur une Porsche Carrera RS 3,0 l., puis retour à la Renault 5 Alpine pour les 1000 pistes dans le camp militaire de Canjuers avec une violente sortie de route et une grave blessure au pied pour Guy qui le tiendra éloigné de la course pendant trois longs mois.
Retour en toute petit forme de l’équipage au Rallye du Bandama en Côte d’Ivoire (pied très douloureux pour Guy et paludisme pour Jacques) pour une 5ème place au général…
Finalement, après un début tonitruant, cette saison se révélera d’un goût un peu amer et se termine dans la morosité.
Le Rallye de Monte-Carlo 1979, beaucoup moins enneigé que l’année précédente, sera moins favorable à la Renault 5 Alpine qui terminera seulement à la 11ème place au général.
Puis ce sera le Championnat de France des Rallies sur terre, plus adapté aux qualités des »Planches à roulettes » : Rallye de Nancy, Rallye Causses-Rouergue, Terre des Merveilles, Terre de Provence, Rallye de Franche-comté, 1000 pistes en 5ème place.



Fin de carrière
Mais entre temps, en mai 1979, Jacques dispute le Rallye de Lorraine aux côtés de Francis Vincent sur une Porsche Carrera RS 3,0 l. Groupe lV – mais cette course va décider de la fin de carrière de Jacques ! Une violente sortie de route à très haute vitesse, alors qu’ils sont en tête de la course, détruira la Porsche qui brûlera entièrement sous la violence du choc ! Par miracle, l’équipage sortira indemne de ce terrible accident.
Mais le doute s’est instillé dans l’esprit de Jacques Delaval qui a d’autres ambitions professionnelles et qui mettra, donc, fin à sa carrière en fin de saison 1979 après un dernier Critérium des Cévennes aux côtés de Jacques Alméras sur une Porsche Carrera RS 3,0 l. Groupe lV.
Toutefois, deux »piges » exceptionnelles ramèneront Jacques sur une ligne de départ de Rallye : en octobre 1981 pour le Rallye du Bandama en Côte d’Ivoire aux côtés de l’acteur Jean-Louis Trintignant sur une Porsche 924 »Terre » préparée par l’usine pour le Dakar 81, mais avec un abandon sur rupture de support moteur le deuxième jour.
Et enfin, en janvier 1983 pour participer au 5ème Paris-Dakar de Thiérry Sabine avec Georges Debussy, pilote spécialiste des Rallye-raids, pour la toute première apparition des Mitsubishi Pajero sur le Dakar. Une belle 14ème place au classement général, sur 269 voitures au départ, et une 2ème place des »voitures de série ».
